Après tous ces articles sur l’interprète en LSFB, je fais
une petite pause pour parler d’autre chose. Je reviendrai sur le thème,
je n’ai pas encore parlé de la formation ! Vu l’ambiance actuelle avec les
menaces terroristes à Bruxelles, j’aurais bien parlé de la situation chez les
sourds : comment sont-ils avertis, ce qu’ils ressentent dans une situation
où ils ne comprennent pas ce qui se passe, … mais je n’ai pas très envie. Pas
tant que ça se calmera…
Sur FB, un lien a beaucoup circulé dans la communauté des
sourds. Il s’agissait d’un article qui parle de 16 bêtises qu’on entend quand
on est sourd. Pas l'article sur le top des 10 conneries qu'on peut trouver facilement sur le net… Celui avec les 16 bêtises a vite
disparu après, je n’arrive pas à le retrouver. Sachez déjà que j’apprécie
moyennement les termes « bêtises » ou encore « top des conneries »
qui est pour moi, du dénigrement envers les personnes ignorantes. Sauf si la
personne est vraiment bête, têtue et qu’elle ne comprend toujours pas après plusieurs
explications, je veux bien… Mais bon enfin. Je n’ai peut-être pas d’humour,
mais diffuser comme ça partout des termes tels que « conneries », « bêtises »,
ce n’est pas la meilleure façon d’informer les gens, et ce n’est même pas écrit
avec second degré, ça a plus une connotation violente qu’autre chose, et ça empêche les gens de vraiment s’intéresser au sujet. Les mots sont fort
importants pour moi.
Il y a une phrase dans cet article qui m’a marquée, je ne
sais plus ce que ça disait exactement mais ce que j’ai retenu, c’était : « La
langue des signes est trop belle, je voudrais trop l’apprendre ! – Ta gueule,
la langue des signes est une vraie langue comme les autres, elle n’est pas « belle »
comme tu dis, c’est une langue sérieuse qui s’apprend. Est-ce que tu dis aux
espagnols que l’espagnol est une trop belle langue que tu voudrais apprendre ?
Non ! Alors ferme ta gueule. »
Vous comprenez alors pourquoi je trouve que le ton de cet article soit bof.
Il y a mieux qu’un « Ferme ta gueule ». Mais concernant le contenu… C’est
un très gros tabou que je n’ose pas dire aux gens autour de moi. Je n’ai jamais
blâmé mes amis entendants de ne pas apprendre la langue des signes tous comme
ils ne m’ont jamais blâmé de ne pas porter mon IC. Je n’aime pas les forcer,
ils n’aiment pas me forcer. L’important, c’est qu’on se sent tous à l’aise dans
la communication. Mais lorsque mes amis me disent qu’ils ont envie d’apprendre
la langue des signes, qu’ils trouvent que c’est une belle langue, que c’est trop
bien de la connaître et que surtout, cela fait des années qu’ils me le répètent,
ça me fait mal au cœur. J’aurais préféré qu’ils ne me disent rien si c’est pour
ne jamais l’apprendre. Bien entendu, il n’y a aucune mauvaise intention
derrière cette envie d’apprendre, je sais qu’elle est sincère et qu’il n’y a
aucune promesse autour de ça, mais… apprendre la langue des signes, c’est
quelque chose de sérieux, pour moi. Il faut donner de son temps, son énergie et
son argent. Prendre des cours, c’est perdre du temps libre pour autre chose. Il
faut payer pour ça. Et il faut la pratiquer régulièrement. Faire des devoirs,
étudier, rencontrer des sourds, etc. C’est un gros investissement. Et se lancer
là-dedans, c’est franchir un gros pas. C’est comme apprendre le néerlandais, l’anglais,
l’italien, ... Je sais de quoi je parle,
j’ai essayé de prendre des cours d’anglais à distance mais c’était trop lourd,
je n’étais pas assez motivée et j’ai laissé tomber. Je peux comprendre qu’il y
ait des gens qui n’aient pas envie de s’investir. Quand on me lance un « J’ai
envie d’apprendre la langue des signes », je ne m’attends pas à ce que la
personne court tout de suite aux cours de LSFB mais quand la
même personne me dit ça plusieurs fois depuis plusieurs années et qu’elle n’a
jamais pris de cours en LSFB, là je commence à me dire : « Mais qu’est-ce
que tu attends ?! Je t’ai donné les adresses, les liens, etc… Tu as tout ! »
et je sais déjà ce que j’aurais comme réponse : « Oui, mais je n’ai
pas le temps… Tu vois, mon boulot, mes horaires, etc. ». Je le répète, j’aurais
préféré qu’on ne me dise rien, du moment que l’envie n’est pas sérieuse. C’est
un tabou que j’ai du mal à exprimer car avec la pénurie de personnes connaissant
la LSFB, je devrais être contente qu’il y ait des personnes qui expriment leur
envie d’apprendre. Mais il y a quand même une grande différence entre avoir
envie et franchir le pas. Une grande différence entre le dire une ou deux fois
et plusieurs fois. Je n’interdis pas aux personnes d’en parler, j’aime informer
et sensibiliser, j’apprends même aux autres quelques signes comme l’alphabet,
des signes qu’on utilise souvent comme « Bonjour », « Ça va ? »,
mais bon enfin… Ça dépend aussi de la personne. Si c’est une personne que je ne
rencontre qu’une ou deux fois, je m’en fiche… Mais quand c’est une personne que
je fréquente régulièrement, c’est différent. J’espère que vous avez pu saisir
ce que j’essaie de vous dire, il y a pas mal de nuances.
Ce n'est pas spécifique aux sourds, ça s'applique à toutes les personnes qui parlent une autre langue que la nôtre : italien, allemand, anglais, néerlandais espagnol, etc. On a l'impression que la langue des signes est une langue "spéciale" avec l'absence de la parole, l'usage des mains, etc... Je ne sais pas, il y a une fascination, une impression d'inaccessibilité, de difficulté... Il y a aussi le fait qu'elle soit visuelle comparé aux langues orales. Mais elle reste une langue au même niveau que les autre langues orales, et ça, on a tendance à l'oublier. Il y a des personnes qui apprennent sérieusement une langue orale. Pour apprendre l'anglais, il y en a qui se font jeune fille au pair pendant deux mois en Angleterre, d'autres qui partent aux USA étudier pendant un an, ... Apprendre une langue, c'est du sérieux. Ce n’est pas pour rien si je dis qu’apprendre la LSFB est un investissement comme pour les autres : c’est apprendre et découvrir la culture sourde, rencontrer d’autres sourds, faire connaissance avec la communauté des sourds, se heurter à des chocs culturels, des obstacles, des difficultés, des cons, mais c’est également rencontrer des personnes exceptionnelles, échanger sur plein de choses intéressantes, s’approprier les avantages de connaître la LSFB et la culture sourde, apprendre à regarder les personnes en face et s’exprimer avec son corps, apprendre l’accessibilité pour tous, s'amuser, … Il y a du positif et du négatif comme dans tous les domaines. C'est pareil si on apprend le japonais, on part au Japon, on y découvre la culture japonaise, ... Certes la LS a peut-être quelque chose de spécifique et de différent parce qu'il y a aussi le handicap. Contrairement aux langues orales, on découvre aussi ce que les sourds vivent au quotidien, leurs obstacles, leurs difficultés, leurs adaptations, leurs solutions pour s'en sortir, etc... (on revient au fameux paradoxe que les sourds rencontrent !) mais dans cet article, je parle uniquement de langues, pas de handicap. Par contre, je me suis demandé si l'idée du handicap intervenait aussi dans le fait qu'on oublie facilement qu'apprendre la LS est quelque chose de sérieux. Une idée négative autour du handicap... ? Ou au contraire, une admiration plus grande que pour une langue orale parce que les sourds surmontent leurs obstacles avec la LS ? On retient plus facilement le handicap que la culture avec une langue différente de la nôtre ? Mais là, mes idées commencent à s'emmêler (j'ai tendance à réfléchir en même temps que j'écris) donc je m'arrête là.
Ce n'est pas spécifique aux sourds, ça s'applique à toutes les personnes qui parlent une autre langue que la nôtre : italien, allemand, anglais, néerlandais espagnol, etc. On a l'impression que la langue des signes est une langue "spéciale" avec l'absence de la parole, l'usage des mains, etc... Je ne sais pas, il y a une fascination, une impression d'inaccessibilité, de difficulté... Il y a aussi le fait qu'elle soit visuelle comparé aux langues orales. Mais elle reste une langue au même niveau que les autre langues orales, et ça, on a tendance à l'oublier. Il y a des personnes qui apprennent sérieusement une langue orale. Pour apprendre l'anglais, il y en a qui se font jeune fille au pair pendant deux mois en Angleterre, d'autres qui partent aux USA étudier pendant un an, ... Apprendre une langue, c'est du sérieux. Ce n’est pas pour rien si je dis qu’apprendre la LSFB est un investissement comme pour les autres : c’est apprendre et découvrir la culture sourde, rencontrer d’autres sourds, faire connaissance avec la communauté des sourds, se heurter à des chocs culturels, des obstacles, des difficultés, des cons, mais c’est également rencontrer des personnes exceptionnelles, échanger sur plein de choses intéressantes, s’approprier les avantages de connaître la LSFB et la culture sourde, apprendre à regarder les personnes en face et s’exprimer avec son corps, apprendre l’accessibilité pour tous, s'amuser, … Il y a du positif et du négatif comme dans tous les domaines. C'est pareil si on apprend le japonais, on part au Japon, on y découvre la culture japonaise, ... Certes la LS a peut-être quelque chose de spécifique et de différent parce qu'il y a aussi le handicap. Contrairement aux langues orales, on découvre aussi ce que les sourds vivent au quotidien, leurs obstacles, leurs difficultés, leurs adaptations, leurs solutions pour s'en sortir, etc... (on revient au fameux paradoxe que les sourds rencontrent !) mais dans cet article, je parle uniquement de langues, pas de handicap. Par contre, je me suis demandé si l'idée du handicap intervenait aussi dans le fait qu'on oublie facilement qu'apprendre la LS est quelque chose de sérieux. Une idée négative autour du handicap... ? Ou au contraire, une admiration plus grande que pour une langue orale parce que les sourds surmontent leurs obstacles avec la LS ? On retient plus facilement le handicap que la culture avec une langue différente de la nôtre ? Mais là, mes idées commencent à s'emmêler (j'ai tendance à réfléchir en même temps que j'écris) donc je m'arrête là.
Récemment, j’en ai parlé avec un ami entendant qui m’a surprise ;
il a très vite compris la situation et a été très franc en me parlant de
paresse chez les gens. Me concernant, ceux-ci savent que je peux communiquer
par écrit donc pour ça, il y a mes carnets et les smartphones donc pourquoi
apprendre la langue des signes en plus ? Puis aussi, il y a le fait
que les gens n’ont pas envie d’apprendre une langue pour une seule personne,
surtout si je suis la seule sourde qu’ils connaissent. Cet ami s'est voulu de m'avoir dit qu'il voulait apprendre la LSFB et qu'au final, il ne l'avait pas fait... Je ne lui en ai pas voulu. L'important pour moi, c'est qu'il ait compris ce que ça signifie pour moi.
Je n'aime pas non plus l'idée qu'une personne ait envie d'apprendre la LSFB pour moi. Je veux dire seulement pour moi, et pas pour une autre raison ou quoi. Parce qu'il y a les attentes qu'on a l'un de l'autre, et souvent avec ça, il y a des problèmes... Je risque de sentir que je dois quelque chose à la personne, elle risque de penser que je dois répondre à ses attentes, bref... Je déteste ! Encore une fois, c'est aussi une des raisons pour lesquelles c'est un gros investissement : la personne ne doit pas le faire spécialement pour moi, mais pour elle-même ou pour d'autres raisons valables. Ou alors je dois avoir une très bonne communication avec la personne pour pouvoir mettre au clair les choses afin d'éviter les problèmes. D'ailleurs, je me méfie souvent quand la personne me dit vouloir apprendre la LFSB, je me demande quelles sont ses intentions, si ses raisons sont bonnes, etc. Bref, tout ça pour vous dire que je ne prends pas ce sujet à la légèreté.
Il me semble que j’ai déjà dit ici que j’ai du mal à
présenter mes amis sourds à mes amis entendants parce que c’est vraiment deux
mondes différents. Être dans cette situation, c’est
gérer mon biculturalisme et mon bilinguisme… Mes amis sourds me font des remarques
du genre : « Ah bon, tu es comme ça avec tes amis entendants ?
Je ne t’ai jamais vue ainsi… Tu es différente… » et mes amis entendants me
disent pareil quand je suis avec mes amis sourds ! Ça ne me gêne pas du tout qu'on me voie telle que je suis, j'ai juste du mal à gérer ça. Pourtant, je me suis déjà dit que ça pouvait être un moyen pour montrer, à ceux qui m’ont lancé plusieurs fois vouloir apprendre la LSFB, ce que
ça représente pour moi, et ça ne ferait plus de moi la seule personne sourde
qu’ils connaissent. Mais je n’y arrive pas pour le moment. Pas quand c’est
quelque chose de privé.
En attendant, il y a ce blog, et aussi il y a une chose que
je peux faire, c’est donner des informations sur des gros événements publics où
il y a des sourds. Les événements privés,
ce n’est pas pour tout de suite...
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