jeudi 8 octobre 2015

Handicap et incapacité de travailler

Une tranche de vie personnelle... 

Étant actuellement chômeuse, le syndicat m'a fait savoir que comme je suis handicapée, j'ai droit à un montant fixe de mes allocations de chômage sans que celui-ci diminue petit à petit. Pour l'obtenir, il faut faire une demande à l'Onem en fournissant une preuve de mon handicap. Ce que je fais et par la suite, l'Onem m'impose un médecin avec qui je dois prendre rendez-vous pour vérifier mon handicap et ma capacité à travailler.

Vérifier ? Ça commence bien...
Rendez-vous pris avec un interprète en LSFB, je rencontre le médecin. Elle me dit directement que je n'ai pas les mêmes chances qu'un entendant pour trouver un emploi, ça c'est clair. Mais pour le reste... Elle me dit qu'elle ne comprend pas pourquoi la SPF (Direction Générale des personnes handicapées) m'a reconnue handicapée avec une incapacité de 66% au moins alors que pour elle, je suis capable de travailler. J'ai fait des études, j'ai un diplôme et j'ai eu deux jobs en 5 ans. 

Handicap et capacité de travailler, ce sont deux choses différentes pour moi. Je lui explique que la SPF permet aux personnes handicapées de travailler, et il existe deux types d'allocations différentes : l'allocation de remplacement de revenus lorsque la personne handicapée est incapable de travailler et l'allocation d'intégration lorsque le handicap influence l'autonomie de la personne handicapée. Si je travaille, je n'ai droit qu'à l'allocation d'intégration. Et si je ne travaille pas, je dois de toute façon demander des allocations de chômage pour vivre. Je n'ai pas droit aux allocations de remplacement de revenus de la SPF puisque on me reconnaît justement comme étant capable de travailler. Officiellement, je suis chercheuse d'emploi. Puis je détaille ce que mon handicap apporte comme obstacles. Ceux-ci peuvent être contournés mais cela nécessite des adaptations et ça entraîne des frais supplémentaires... Psychologiquement, c'est lourd pour la personne handicapée. Elle semble comprendre mes explications mais ce qui coince, c'est que l'Onem demande si je suis capable de travailler et ce médecin doit enquêter.

J'ai eu le sentiment qu'il fallait dire que j'étais vraiment incapable de travailler sinon l'Onem ne reconnaît pas mon handicap et ne m'accordera pas le droit d'avoir un montant fixe de mes allocations de chômage. Cela dit, ce n'est pas la première fois que ça m'arrive, j'ai déjà eu le coup avec le médecin de la SPF pour pouvoir être reconnue handicapée. Sauf qu'à l'époque, j'avais 20 ans et je ne comprenais pas encore bien de quoi il retournait précisement...

Bref, je ne sais pas ce qu'elle dira à l'Onem, finalement. Je l'ai aidée en disant qu'il y a des jobs que je ne peux pas faire comme secouriste, policière, médecin, infirmière, ainsi que les métiers ayant recours à la communication ou l'audition, mais uniquement parce que je sais qu'en Belgique, peu de choses sont adaptées pour les handicapés alors qu'à l'étranger, je sais qu'il y a un tas de choses adaptées.... Je me suis abstenue de lui préciser ça.

Je déteste ce genre de situation.

Parce que j'ai l'impression qu'on me demande d'être handicapée mais en même temps de ne pas l'être.  C'est un sentiment difficile à expliquer. Je pense à un ex-collègue entendant (un des rares à bien comprendre la surdité), il a en poche un diplôme en philosophie et il souhaitait faire un doctorat sur le paradoxe du handicap que les sourds ressentent en général. Les circonstances font que ce n'est pas possible pour lui concrètement mais c'est un thème fort intéressant !

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