vendredi 18 décembre 2015
Anecdotes avec l'interprète scolaire
Aujourd'hui sur un forum, des souvenirs de l'école ont été évoqués du coup ça m'a donné envie d'en parler.
Sur ce blog, j'ai plusieurs fois parlé de l'invisibilité de la surdité. Ceci dit, quand j'étais à l'école, je n'étais pas toujours invisible, notamment avec les cours ! Je n'ai pas encore parlé de l'accompagnement que j'ai eu. C'est toujours compliqué pour moi d'en parler mais ce que je peux dire, c'est que durant toute ma scolarité, je suivais les cours grâce à une interprète scolaire qui interprétait les cours pour moi en français signé et en LPC. C'était à cause d'elle que j'étais remarquée. En abrégé, j'écris IS. Ca a ses avantages et ses inconvénients, j'ai plein d'anecdotes sur ça.
Pour suivre le cours, je devais la regarder sans arrêt. Si je bougeais la tête pour regarder ailleurs, le professeur savait directement que je n'écoutais pas le cours. Ca arrive à un entendant de ne pas écouter en ne regardant pas le professeur mais ça passe plus incognito, je trouve. Donc ça m'arrivait de la fixer sans réellement écouter l'interprète, et qu'est-ce que c'était chiant.
L'IS se met généralement près du tableau à côté du bureau du professeur, et du professeur lui-même, donc. En début de l'année, si les élèves/étudiants ne sont pas habitués, quasiment tous les regards sont braqués sur elle, et parfois ça peut être agaçant pour le professeur mais c'est normal. Puis petit à petit, ils ne font plus attention à elle.
Si l'IS est jeune et mignonne (je n'ai eu que des femmes, jamais des hommes mais ça existe), les mecs se régalent... Il y a normalement une déontologie chez les interprètes mais je me souviens d'une qui ne la respectait quasiment pas. Heureusement, ce n'était pas MON interprète, elle ne venait que quand elle devait remplacer une interprète malade. Vêtements moulants, décolletés... Et bien plus tard, j'ai appris qu'elle avait caché un chihuahua dans son sac et est venue en classe avec. Elle l'a dit à l'élève sourd pour qui elle interprétait et lui a demandé de ne rien dire. Bref, c'était un sacré phénomène celle-là, et elle a fini par être virée.
Lorsqu'elle n'était pas là, les élèves et le professeur savent directement que ça signifie que je ne suis pas là. Sauf exception parfois j'étais là mais elle non hein... Parce qu'elle est malade, qu'on a trouvé personne pour la remplacer ou bien c'est un cours où il n'est pas possible d'avoir une interprète pour diverses raisons. J'ai déjà eu plein de soucis à cause de ça, comme ne pas être au courant que l'on devait se déguiser ce jour là pour fêter quelque chose. Ca m'est arrivé d'être la seule à ne pas être déguisée (et j'ai engueulé les élèves pour ça, surtout la déléguée de la classe qui en avait parlé au moment où l'interprète était absente). Ou encore avoir une interrogation alors que je n'étais pas au courant du coup j'étais mal notée... Tout ça, parce que quand l'interprète n'était pas là, on m'oubliait.
Avoir une IS implique aussi le fait que quasiment tout le monde me "connaît" mais je ne connais pas tout le monde... Je ne sais pas comment ils m'appelaient, s'ils ne connaissaient pas mon prénom ? "La sourde" ? "La fille sourde ?" "La sourde-muette ?" Je ne sais pas. Des cousins dans ma famille ont déjà suivi des cours où il y avait un sourd avec une interprète, ils me disent souvent : "Tu sais quoi y a un sourd dans mon cours de droit civil !" "Ah il s'appelle comment ?" "Je ne sais pas". C'est vrai que le monde des sourds est petit, je connais pas mal de monde donc souvent j'aime bien savoir qui c'est mais pas toujours, ça arrive que ça soit quelqu'un que je ne connaisse pas.
En supérieur, quand je séchais un cours, je prévenais l'IS de ne pas venir afin qu'elle ne vienne pas pour rien (y compris quand je suis malade, en retard, etc, c'est logique). Une fois, ça m'est arrivé de sécher un cours à la 1ère heure puis d'arriver à la 2ème heure avec l'IS mais le prof sortant du cours précédent nous voit, il dit directement à l'interprète "Mais m'enfin Gilla a séché mon cours ?!". Heureusement l'IS que j'avais à ce moment-là a été intelligente, elle lui ai répondu que j'étais un élève comme les autres donc ce n'est pas parce que je suis sourde que je n'ai pas le droit de sécher des cours quand j'en ai envie (notez bien que le professeur s'adresse à l'interprète, pas directement à moi et qu'elle n'a même pas interprêté pour moi... Elle m'a expliqué après)
Je me rappelle aussi d'un moment où je suis venue à une séance d'informations sur les Erasmus avec une interprète sans trop y croire car je pensais que ce serait trop compliqué mais non, le professeur responsable des Erasmus m'a remarquée grâce à l'IS et est venu directement spontanément vers moi pour me dire qu'il n'y avait aucun souci que je fasse un Erasmus, qu'il connaissait une école avec un service d'interprétariat pour sourds au Québec et qu'il y avait une étudiante sourde là-bas qui pensait faire un échange, donc pourquoi pas avec moi. J'étais agréablement sidérée (notez aussi que des professeurs comme ça, c'était rare, et c'est grâce à eux si j'ai pu apprécier mes études).
Ca arrive aussi à un professeur de se tourner vers l'interprète et de lui demander comment on fait un signe... Il y a eu un moment gênant, ça a été pendant un cours sur la religion en 1ère supérieure avec un professeur visiblement très porté sur le sexe. Il a demandé à l'IS comment on signait le mot "cul" "fellation", .... L'IS à ce moment a répondu qu'elle faisait du LPC afin d'éviter d'avoir à faire le signe devant tout l'auditoire avec 300 étudiants qui la regardaient maintenant alors qu'en temps normal ils ne faisaient plus attention à elle !
Et j'en ai encore plein d'autres comme ça.
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