Étant en pleine réorientation professionnelle, je regarde régulièrement cette liste : http://genieculturel.siep.be/metiers/metiers/liste/ et ça m'a fait penser à une chose.
Il y a des automatismes que je fais par rapport à ma surdité. Par exemple, je sais déjà que tous les métiers en lien avec le son (ingénieur du son, musicologue, ...), je peux faire une croix là-dessus. Mais ça ne m'affecte pas du tout car ce n'est pas comme si j'avais envie de faire un de ces métiers. J'ai déjà souvent eu des personnes me dire : "Oh ma pauvre, tu ne peux pas entendre la musique, les bruits... C'est trop triste" et moi je les regarde, tel un poisson rouge qui nage dans un aquarium comme s'ils étaient des extraterrestres. Ou d'autres me dire : "Ca me fout la rage que je ne puisse pas partager ma passion de la musique avec toi, c'est tellement important pour moi". Là, je fonce les sourcils. Parce que... les choses ont toujours été ainsi depuis ma naissance, je fais avec et je n'en souffre pas. Puis il y a plein de choses qu'on ne peut pas partager avec une personne, qu'elle soit sourde ou non. Je pense au sexe, c'est un peu comme dire "Oh ma pauvre, tu n'as jamais connu les plaisirs du sexe... C'est trop triste". Bien entendu, ce n'est pas comparable puisque la personne peut finir par perdre sa virginité (ou pas, tout est possible !) et que la surdité est irréversible. Mais il y a aussi le fait que si tu aimes les voitures, tu rencontres quelqu'un, tu essaies de l'initier aux voitures mais il n'aime toujours pas les voitures, tu ne peux pas le forcer à les aimer. Et puis la différence, c'est toujours enrichissant, on se complète et ce serait moins drôle si on se ressemblait tous. Mais s'il y a une chose que je reconnais bien avec la surdité, c'est qu'elle influence sur toute une vie. Des voitures, je doute que ça influence quoique ça soit.
Cette influence dont je parle, c'est la communication. Il y a beaucoup de métiers que j'ai du mal à envisager alors que pourtant il n'y a pas de son dedans mais où je sais que ça implique de la communication avec les entendants. Et ça, elle est dans une grosse partie des métiers ! Comme je l'ai déjà dit, une fois de plus, je sais que c'est dû à la Belgique, à la pénurie des interprètes en LS, au regard des gens mal informés sur la surdité, et j'en passe encore. Si je choisis un de ces métiers, je sais que j'en baverai alors j'ai envie de choisir un métier qui ne soit pas trop dur mais alors, ce ne sera pas faire ce dont j'ai envie. Je n'ai pas envie de bosser dans le secteur de la surdité, j'ai déjà donné et je n'ai pas aimé... C'est généralement dans ces moments-là que l'envie de partir me prend, de fuir la réalité, de m'envoler...
Un peu comme cette petite fille :
Bref, ce n'est pas simple pour moi. Parfois j'ai l'impression que les gens n'ont pas du tout conscience qu'un sourd ne peut pas choisir librement ses études, ni un métier, ni avoir la même accessibilité que les entendants pour trouver un emploi. Il doit se battre. Beaucoup choisissent d'y renoncer. Je connais beaucoup de sourds qui au lieu de bosser, préfèrent se mettre en couple avec un sourd et ils font des gosses ensemble, parce qu'ils ne savent pas quoi faire d'autre de leur vie, ils s'ennuient. Ils sont généralement jeunes. Beaucoup de filles que je connais sont devenues mères avant l'âge de 25 ans. Mes amies tiennent le coup parce qu'elles sont en couple avec un sourd (donc soutien par rapport à la compréhension de la surdité) mais aussi parce qu'elles bossent dans le secteur de la surdité. J'ai des connaissances qui sont indépendantes donc elles peuvent travailler sur leurs projets à la maison ou dans un bureau privé et ont des contacts minimums avec les entendants (donc pas quotidiennement). Je pourrais devenir indépendante mais déjà il faut voir quel métier ça va avec. Je crois que je dois me donner un coup de pied dans le cul en arrêtant de me dire : "argh mais comment je vais faire pour la communication ?". D'abord trouver ce que j'ai envie de faire, puis on verra le reste après, parce que le fait d'y penser seulement, ça me stresse déjà.
Cependant il y a une chose qui m'a fait sourire en regardant la liste du SIEP (lien plus haut dans l'article), c'est qu'il y est inclus le métier de l'interprète en LSFB et ce malgré quelques petites erreurs constatées. Je n'ai toujours pas parlé de la formation mais oui, il y en a une, à Bruxelles. Vous pouvez cliquer dessus, si vous êtes curieux. Et je sais qu'il y en a une qui ouvrira bientôt à l'ULG (Liège).

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