dimanche 10 janvier 2016

Stress, patience, temps, ...


Concernant mon réorientation professionnelle... Je vous embêterai sans doute souvent avec ça en ce moment puisque c'est une période que je traverse actuellement.

Il y a peu, j'ai vu une copine entendante que je vois de temps en temps. Elle m'a interrogée sur ma situation actuelle. Elle se demandait quelles étaient mes options car elle avait l'impression qu'il y en avait peu. Alors je lui ai expliqué qu'il y avait trois catégories d'options pour moi. Une concernant les métiers que je ne peux vraiment pas du tout faire, puis une concernant les formations adaptées qui existent à l'étranger mais pas en Belgique, et enfin la dernière concernant le fait que les sourds peuvent absolument tout faire mais le plus gros obstacle était la communication avec les entendants ainsi que les adaptations nécessaires à faire car il y a souvent un manque. Je lui ai dit que le problème, c'était le regard sur la surdité.

Et là, elle m'a surprise. Elle a été très franche. Elle m'a dit que ce n'était pas forcément le regard sur la surdité mais le manque de patience des gens ainsi que le... temps. Parce que sans interprète en LSFB, il faut avoir énormément de temps et de patience pour expliquer au sourd ce que l'on attend de lui, et aussi qu'il comprenne. Elle travaille toujours dans l'urgence donc elle m'a dit que si elle m'engageait, elle n'aurait pas le temps de m'expliquer des choses. Ce sont des choses que je savais déjà, mais c'est la première fois qu'on me le dit aussi ouvertement. J'ai appris à être autonome mais parfois ça ne suffit pas toujours si je n'ai pas accès à toutes les informations.

Les gens pressés... C'est pour ça que j'ai souvent peur que la personne finisse par en avoir marre, perde patience, s'énerve parce que les choses sont trop lentes avec moi. Par exemple, pour les leçons de moto, il y a un ami entendant qui m'a proposé de m'en donner mais comme il ne connaît pas la LSFB, je sais que ça va prendre beaucoup de temps. Je le lui ai dit, il m'a répondu qu'il le sait très bien et que ça ne lui pose absolument aucun problème, il m'assure avoir une patience en or mais pourtant, je n'arrive pas à franchir le pas.

C'est que justement, j'ai déjà vu trop de personnes perdre patience, qui n'en ont pas, s'énerver, etc...

Donc ça me bloque parfois dans le sens où je sais que je demanderai beaucoup de temps et de patience à quelqu'un. M'accompagner à une soirée ça va, mais des leçons de moto, ça peut représenter... je ne sais pas moi, 3 fois par semaine pendant 6 mois ? J'invente, hein. Au travail, c'est complètement autre chose.

Quand j'ai été engagée dans mon ancien boulot, qui est, je précise, une association pour sourds et malentendants et où au sein il y a des entendants, malentendants et des sourds signants qui y travaillent, on m'a bien fait comprendre que ma surdité pourrait être un problème et que si dans 6 mois, ça n'allait pas, on pourrait me licencier...  On n'a pas dit la même chose aux autres sourds car c'était le poste d'assistante sociale qui était particulier. A cette époque, j'étais la seule assistante sociale sourde de Bruxelles à être diplômée. Ma personnalité joue un peu aussi car je n'entre pas dans le moule de la société. On m'a déjà dit que j'étais un peu hors-norme, mais c'est une autre histoire. Je me rappelle avoir été indignée de ça, puis j'ai relativisé en me disant que c'était nouveau pour l'association car elle n'avait jamais engagé d'AS sourde, ça changeait ses habitudes et personne n'aime le changement, donc il leur fallait du temps. Mais c'était une association pour sourds, quand même....

Concernant le centre de rééducation où j'ai grandi, j'ai appris qu'une connaissance sourde, assistante sociale aussi depuis peu, avait envoyé son CV pour travailler dans ce centre. On l'a refusée parce qu'on estimait qu'elle ne pouvait pas communiquer avec les parents entendants d'enfants sourds. Donc en résumé, parce qu'elle est sourde. Pour moi, c'est une belle hypocrisie. On s'occupe volontiers des enfants sourds, mais quand ceux-ci deviennent adultes, on n'en a plus rien à foutre d'eux. Je m'étais déjà faite cette réflexion quand on m'a refusée à un stage en deuxième année pour le même motif.

Et je relativise en me disant qu'en fait les personnes de mon entourage ne sont pas si paresseuses que ça, si elles n'apprennent pas la LSFB car savoir que je peux communiquer par écrit et utiliser le smartphone, c'est déjà une façon pour eux d'être patients en acceptant que les choses se fassent lentement avec moi. Certains m'ont déjà dit qu'être avec moi, c'était reposant... Ça, c'est énorme pour moi. Bon ce n'était pas vraiment ça le problème. Ce qui m'emmerdait, c'était surtout le fait qu'on me dise très souvent qu'on veuille apprendre la LSFB sans franchir le pas, après le fait que les gens ne l'apprennent pas n'est pas un problème pour moi.

Je rêve d'un environnement parfaitement adapté pour moi, où on ne se baserait que sur mes compétences, où les gens prendraient leur temps et seraient patients... Un environnement où les gens ne sont pas pressés, ni stressés... Ça existe ça ?



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