N.B : Il s'agit d'un texte écrit en 2013 pour un groupe littéraire dans le cadre d'une semaine à thème sur l'autobiographie. J'y parle de ma famille, ainsi que de mes capacités à... détecter le langage non-verbal ? Je ne sais pas si c'est de ça qu'il s'agit vraiment. Constater le contexte et faire preuve de déduction peuvent suffire. Parfois il m'arrive de me tromper sur ce que je vois autour de moi, mais... voilà, quand même.
Pour information dans ce texte, seuls les âges et les prénoms ont été modifiés. On m'a déjà demandé si Pauline avait bien 15 ans à l'époque... Non, ce que je peux dire sur elle, c'est qu'elle avait bien entre 13 et 17 ans.
Lorsque j’avais dix-neuf ans, une de mes tantes est morte. Elle était
mariée, et avait trois enfants. A l’époque, mes cousins avaient treize,
onze et neuf ans. Nous n’avons plus vu mon oncle, qui a décidé de couper
les liens avec la famille de sa défunte femme, qu’il n’a jamais
vraiment appréciée… Contrairement à mes cousins que nous continuons de
voir une ou deux fois par an.
Quatre ans plus tard, ma cousine qui avait onze ans, a fêté ses quinze
ans. Elle avait un copain depuis plusieurs mois. C’était encore la mode
des skyblogs dans l’école de ma cousine, et j’ai regardé le sien par
curiosité. Beaucoup de photos d’elle et de son copain. Plein de cœurs,
de roses et des « Je t’aime ». Elle avait quinze ans. J’ai eu un drôle
de pressentiment. Je me suis dit qu’il allait lui arriver quelque chose.
Qu’elle tombera accidentellement enceinte. Quelque chose dans le genre.
Je ne sais pas pourquoi cette pensée, probablement farfelue, m’est
venue à l’esprit. Sans doute à cause du contexte familial que je
constate. Ma tante, leur mère, est morte. Mon oncle, leur père, est
taciturne, et a des difficultés pour communiquer avec les gens en
général. Il n’est sûrement pas très doué pour parler de sexualité avec
ses enfants. Surtout avec sa fille qui avait quinze ans. De plus, comme
il n’apprécie guère les contacts sociaux et est un père très sévère, les
enfants étaient un peu isolés, selon moi. J’avais bien vu à quel point
ma cousine était follement amoureuse de son copain. Elle avait quinze
ans ! Mais je me trompais peut-être. Puis, j’ai oublié cette pensée.
Pourtant quelques mois après, ma mère est venue me voir. Elle m’a dit : «
Je suis obligée de te mettre au courant. Parce que tes sœurs savent
déjà, et ce n’est pas juste pour toi. Voilà, Sophie, comme tu le sais,
est très proche de Pauline. Elle m’a demandé quoi faire pour Pauline,
parce qu’elle lui a confié être enceinte ! Elle a quinze ans ! Elle a
posé la même question à Géraldine. J’en ai parlé à papa qui l’a dit à
Amélie. »
Ma mère a été en discuter avec Pauline, pour savoir comment c'est
arrivé. Elle prenait la pilule, mais l’oubliait souvent. Elle se disait
que ce n’était pas grave, et qu’elle ne pensait pas que pareille chose
lui arriverait. Elle avait quinze ans. Connaissant mon oncle, maman lui a
demandé comment ça se faisait qu’il l’ait autorisée à dormir chez son
copain. Pauline racontait à son père qu’ils ne dormaient pas dans la
même chambre. « Comment Yves peut-il être naïf à ce point ?! » s’est
exclamée ma mère. « Elle a quinze ans, il devrait pourtant comprendre !
». Décidément, il n’est vraiment pas doué dans le domaine. Soudain, elle
m'a dévisagée et a lu dans mon regard. Parce que je n'étais pas
surprise de la situation. « Tu le savais déjà ? Qui te l’a dit ? ». «
Personne. Cela va te paraître bizarre, mais… un jour, j’ai pensé que
cela pouvait arriver à Pauline. » Et je lui ai expliqué pourquoi.
Pour la fin de l’histoire, Pauline a supplié qu’on ne dise rien à son
père. Il la punira très sévèrement. Et qu’elle ne pouvait pas garder son
enfant. Elle avait quinze ans. Maman l’a accompagnée à la clinique,
pour qu’elle se fasse avorter. Et elle a fait un effort pour passer
au-delà de cela. Car ayant la foi catholique en elle, elle est contre
l’avortement. Elle a tout payé. Et elle a aussi mis en garde Pauline de
ne pas en parler à sa sœur aînée parce que celle-ci ne sait pas tenir sa
langue, et le dira sûrement à leur père. Elle l’a quand même dit à
Laura des mois plus tard, et ça s’est passé comme ma mère le craignait.
Sauf que Yves ne l’a pas crue. Il a pensé qu’elle plaisantait et a
trouvé ça très drôle. Mais quand même. Ben voyons, il avait confiance en
Pauline. Elle avait quinze ans, elle prenait bien la pilule, elle
dormait séparément de son copain, et il savait que ma mère n’acceptait
pas l’idée de l’avortement. C'est fou comme Laura avait une imagination
débordante ! Cela me fait drôle de savoir que mes parents, mes sœurs et
moi sommes au courant de la situation contrairement à lui. C’est quand
même sa fille ! Elle avait quinze ans ! Je sais que ce n’est pas très
normal.
J’ai un lien très fort avec ma mère. Je ne peux pas suivre les
conversations. Je m’ennuie énormément aux réunions familiales. Je ne
comprends strictement rien, et la lecture labiale n’est pas un
super-pouvoir que j’ai, contrairement à la plupart de mes amis sourds.
Mes grands-parents, mes oncles, mes tantes et mes cousins discutent très
rarement avec moi lors de ces réunions. Pourquoi ? Je ne sais pas.
Comme ils ne le font pas, j’ai essayé. Et ça ne fonctionne pas très
bien. A ce jour, je ne connais toujours pas ma famille. Je ne sais pas
me faire ma propre opinion sur les personnes qui en font partie, et sur
les événements. Je ne sais parfois pas quoi penser de ce que j’apprends
et ne sais pas donner mon avis. Je n’aime pas le faire sans avoir accès
aux informations. Ma mère est très présente. Elle me raconte toutes les
histoires et héritages familiaux pour que je sois au courant, et que je
sois sur le même pied d’égalité que mes sœurs. Elle fait son possible
pour tout me traduire. Toutefois, elle ne se prive pas pour me donner
son opinion, et d’une certaine façon, cela me dérange parce qu’elle
m’influence beaucoup. Pourtant je n’ai pas trop vraiment le choix, parce
que c’est un peu la seule façon que j’ai de les connaître.
Par contre, je suis légèrement rassurée de voir que je peux constater
des choses par moi-même en observant bien autour de moi, bien que ça ne
soit pas toujours une partie de plaisir, puisqu'il peut s’agit de choses
pas toujours très réjouissantes. Concernant cette histoire, Il n’y a
qu’une seule chose dont je me demande encore : Yves le sait peut-être.
Il s’est peut-être douté de quelque chose quand même. Et a peut-être
choisi de fermer les yeux sur la réalité… Qui sait. Et je continue à me
dire que je peux toujours me tromper...
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