samedi 27 juin 2015

Français signé et dactylologie - Moyens de communication (3)


N.B : Hop un deuxième article pour aujourd'hui, parce que je suis motivée ! 

Ah, le français signé... Comme pour le LPC, celui-ci est également utilisé comme outil d'apprentissage du français aux sourds. Mais j'ai envie de dire que ce n'est pas pour ça seulement. Il existe des entendants qui ont du mal à "changer d'esprit" lorsqu'ils apprennent la LSFB. Car le faire, c'est apprendre à penser visuellement or certains continuent à penser en français, leur langue maternelle, et par conséquent, ils font du français signé. Mais est-ce volontaire ou involontaire ? Je pense que souvent, c'est involontaire. Lorsque on veut apprendre le français à un sourd, l'intention change. Le français signé consiste à prendre des signes de la LSFB, mais on respecte les règles de la langue française, et ça n'a rien de visuel. Ce n'est donc pas une langue.  

Il en existe deux types : le français signé strict où chaque mot du français est strictement signé et bien dans l'ordre ; et le français signé souple où chaque mot du français est également signé mais on laisse de côté certains mots qui ne sont pas signés, comme par exemple les articles, les marques de pluriel, etc. 

Seuls des entendants font du français signé ? Non, même des sourds peuvent en faire, comme moi par exemple. Parce que j'ai grandi parmi d'entendants qui utilisaient le français signé, et je les copiais, malgré moi. Puis aussi les sourds ayant une bonne maitrise du français comme moi ont plus tendance à faire du français signé. 

Quant à la dactylologie, il s'agit de l'alphabet manuel d'une langue des signes. Chaque position de la main et des doigts représente une lettre de l'alphabet comme vous pouvez le voir ici (exemple en Belgique) :



N.B : le "T" représenté sur le tableau est souvent confondu avec le "F", c'est pourquoi la jeune génération de sourds utilise surtout cette forme-là ; http://www.lsfb.be/dico/t_1 

Avec cela, on épèle des lettres. Comme pour les langues des signes, il y a les dactylologies car chaque pays a aussi leur propre dactylologie. L'alphabet est rarement utilisé pour transmettre le français (ça prend du temps pour épeler un texte entier !) mais il est souvent associé au français signé. Je pense encore à Helen Keller (1880-1968), sourde-aveugle, pour qui la dactylologie a beaucoup aidé au début pour communiquer.

J'avais expliqué que les communautés sourdes ne reconnaissent que les langues des signes, donc il en va de même pour les dactylologies. Cela dit, je me suis interrogée sur les noms propres, et j'ai fini par me dire qu'en fait, les membres baptisent le nom propre par un signe. D'ailleurs il y a un signe pour chaque ville, chaque capitale, etc à travers un élément visuel. Le signe de Paris est celui de la tour Eiffel, par exemple. Et pour le prénom d'une personne, celle-ci est aussi baptisée par un signe. Un signe qui la caractérise. Son physique, sa personnalité, un trait de son caractère, une passion qu'elle possède, etc. Il y a également un signe pour les personnages célèbres et historiques, les acteurs, les actrices, les hommes et femmes dans la politique, etc.

C'est sans doute un peu extrême mais j'ai quand même constaté que pas mal, y compris moi, utilisaient la dactylologie en épelant leur prénom pour se présenter puis montraient leur signe distinctif. Une différence de générations, peut-être ? Puis, j'ai fait le choix d'apprendre l'alphabet de la LSFB à des amis entendants. Si possible, des signes aussi même si je n'ai rien d'un professeur, et que c'est mieux pour eux de prendre des cours ... Mais c'est toujours bien d'épeler un mot quand il n'a pas été compris.

Enfin, pour finir ma trilogie d'articles sur les moyens de communication et passer à quelque chose de plus récréatif demain, je peux vous dire que je les ai tous utilisés, sauf l'AKA.

Cela explique pourquoi avoir autant de moyens de communications en plus de la LSFB, faisait que j'avais eu du mal à les distinguer étant petite car on ne m'avait pas expliqué les différences...  Comme déjà dit, c'est à 22 ans que j'ai réellement compris la différence entre le français et la LSFB, car le français signé m'avait aussi aidée pour le français. Pour le reste, je ne sais pas vers quelle période mais j'avais fini par remarquer que le LPC ne s'utilisait qu'avec ma famille, à Gorillaz, avec les "professionnels de la surdité" alors que quand j'étais avec mes amis sourds, on utilisait la LSFB. Mais ça nous était arrivés de communiquer en LPC et en français signé, car tellement on était influencés par les entendants autour de nous. Je me rappelle qu'à 13 ans, j'ai été marquée par la remarque d'une interprète. Mon pote et moi, on croyait apprendre la LSFB à des potes entendants. Lorsque l'interprète a vu les signes, elle a dit : "Ah non non, ça c'est du français signé !" Et elle a montré les signes corrects. Mais sur le moment même, elle ne nous avait pas expliqué pourquoi on se trompait...C'est à force de rencontrer des enfants sourds de parents sourds et des adultes sourds qu'on a fini par ne communiquer qu'en LSFB. Parfois il m'arrive encore de faire du français signé souple sans m'en rendre compte.

Parfois, j'en ai un peu marre de faire attention à si c'est du français signé ou de la LSFB ou à ne pas épeler le mot, ou je ne sais quoi...  On m'a déjà reproché de parler oralement avec des entendants, de ne pas mimer avec eux, de lire sur les lèvres, d'utiliser du français signé etc. Dans la communauté sourde francophone de Belgique, on peut être très critique vis-à-vis de ça. Je comprends pourquoi, car c'est une façon de protéger la LSFB. Les sourds ont peur qu'elle disparaisse, au profit de l'oralisme, du LPC, du français signé... Et qu'il y en ait que seulement pour les entendants. Il y a des souffrances au sein de la communauté. Mais parfois, c'est fatiguant. Donc si je sais que l'interlocuteur en face de moi se fiche complètement de comment je communique et ne me jugera pas là-dessus, du moment que la communication passe bien, eh ben je me débrouille comme je veux ! Mais ça me paraissait important d'expliquer tout ça, car je ne veux pas que l'on pense que j'ai uniquement grandi avec la LSFB, ce ne serait pas honnête vis-à-vis de mon entourage.

Cela dit, je cache au plus profond de moi-même un grand rêve : que mes amis entendants se mettent enfin à vraiment prendre des cours de LSFB. Mais c'est quelque chose que je ne peux pas leur demander. C'est quelque chose d'énorme et de compliqué. Cela doit venir d'eux-même, en fonction de leurs disponibilités, etc. Et surtout, ils ne doivent pas le faire pour moi, parce que ce serait trop ! Mais peut-être suis-je une fille trop compliquée qui ne sait pas encore bien ce qu'elle veut, dans ce domaine. 

Source : http://www.apedaf.be/Infos-sur-la-surdite,158

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