jeudi 25 juin 2015

Langues des signes


Ça y est, je suis libérée de mon job... et de mon stress aussi.

Aujourd'hui, il s'agira de langues des signes. Comme déjà expliqué, chaque pays a la leur, parfois plusieurs, et des variantes régionales existent, aussi.

En Belgique, ç'aurait pu être simplement la LSB = la langue des signes belge. Cela dit, les francophones qui y vivent ne sont pas les seuls, il y a en plus les néerlandophones et les germanophones. 3 langues parlées sont reconnues officiellement par le pays : le français, le néerlandais et l'allemand. Donc pour les langues des signes, ce serait logique de dire qu'il en existe trois, mais l'histoire des sourds dans le pays a surtout vu naître deux langues des signes : la LSFB = la langue des signes francophone de Belgique (différente de la LSF = langue des signes française) et la VGT = Vlaamse Gebarental (différente de la langue des signes hollandaise qui est la NGT = Nederlandse Gebarentaal) . Il n'existe pas de langue des signes germanophone de Belgique parce qu'il n'existe pas d'école germanophone pour les sourds. Car les écoles pour les sourds sont très fortement liées à l'histoire des sourds. Il y a bien la langue des signes allemande (la DGS =Deutsche Gebärdensprache), mais ça, c'est en Allemagne.

Pendant très longtemps, les langues des signes n'étaient pas vues comme des langues. Faire des gestes était considéré comme étant vulgaire et on ne pensait même pas que les sourds s'en servaient pour communiquer. Pourtant, ce sont des langues naturelles chez les sourds, elles n'ont pas été "innovées". Ce sont des langues vivantes qui changent et évoluent sans cesse. Des vieux signes disparaissent, d'autres nouveaux apparaissent... Il a fallu attendre les années 60', période où les travaux de l'américain William Stokoe ont démontré que c'était bien des langues à partir de son étude sur la langue des signes américaine. 

Je ne suis pas linguiste, et mon but n'est pas d'écrire un article linguistique. Il y a même plein de mots spécifiques à la linguistique que je ne comprends pas donc je ne vais pas en parler ici...

Ce que je sais, c'est qu'une langue des signes répond à tous les critères linguistiques d'une langue parlée. Sauf qu'elle a pour différence, le fonctionnement en expression et en compréhension selon la modalité visuelle/gestuelle par opposition à la modalité sonore/articulatoire d'une langue parlée. Elle dispose de sa propre syntaxe, de sa propre grammaire, ...  Elle a une dimension iconique et spatiale (un exemple dans cette vidéo à partir de 5'37 : https://youtu.be/9_QM3CjFio4). Le tout est spécifique, comme la construction de l'espace-temps dans cette langue. Elle permet tous les niveaux d'abstraction et aussi d'exercer toutes les fonctions linguistiques : cognitives, communicatives et poétiques. C'est une langue à "tradition orale" qui se transmet à travers les générations et ne connaît pas de forme écrite. Cependant pour l'étudier, les linguistes utilisent des systèmes sophistiqués de transcription et pour l'enseigner, divers modes d'enregistrement existent tels que les photographies, les vidéos et les dessins. Ce sont surtout les vidéos qui sont acceptées dans les communautés sourdes. Il y a aussi le "Sign Writing System", mais je ne connais pas vraiment, et j'ai aussi un gros doute sur son efficacité...

Quand on l'étudie, on apprend par exemple qu'un signe possède 5 paramètres utilisés en même temps :  la configuration de la main (forme de la main), l'orientation de la main, l'emplacement où se fait le signe, le mouvement de la main et l'expression du visage.

Concernant l'étude de la LSFB, la Belgique est en retard comparé à d'autres pays. En effet, comme je l'ai déjà précisé quelque part, les langues des signes ont été interdites en Europe pendant un siècle de 1880 à 1980. Ailleurs en Europe, si je ne dis pas de bêtises, elles ont été reniées comme j'ai pu l'apprendre dans le manga "L'orchestre des doigts". 

La LSFB a été reconnue officiellement le 21 octobre 2003, et la VGT le 26 avril 2006. Eh oui, cela signifie que la Belgique possède 5 langues officielles ! Seulement 10 ans après, un laboratoire sur la LSFB, appelé Corpus LSFB, a ouvert le 13 février 2013 à l'université de Namur mais la recherche consacrée à la langue existe depuis 2000. C'est nécessaire de l'analyser pour comprendre son utilisation, son origine et surtout l'enseigner... Aux interprètes en LSFB, familles d'enfants sourds, professeurs, etc.

On peut trouver des cours de langue des signes ici : http://www.ffsb.be/langue-des-signes  (pour voir en détail, cliquer sur les liens en haut à gauche de la page)

S'il y a une chose que j'ai toujours regretté, c'est de ne pas avoir eu de cours sur la LSFB. Parce que c'est une langue apprise naturellement, mais je ne sais pas à chaque fois pourquoi le signe est comme ça, d'où il vient, et quand je raconte une histoire, je ne sais pas toujours très bien si je le fais correctement. Je n'ai pas su pendant longtemps qu'un signe possède 5 paramètres comme expliqué plus haut. C'est une grande différence que je constate avec les entendants car eux, ils ont des cours de français à l'école. J'ai grandi avec plusieurs moyens de communication différents, qui faisait que parfois je ne les distinguais pas car on ne m'avait jamais clairement expliqué les différences. La LSFB n'est pas ma langue maternelle, puisque mes parents ne la maîtrisaient pas. Ils ont appris quelques signes, mais de là à carrément me la transmettre, non. Elle m'a surtout été transmise par la communauté sourde francophone de Belgique, avec parmi eux, des adultes sourds et des enfants sourds de parents sourds, que j'ai rencontré au cours de ma vie. Je la maîtrise peut-être depuis la période des couches-culottes (enfin la période de l'apprentissage du langage chez l'enfant quoi), mais j'ai réellement compris la différence entre la LSFB et le français, quand j'ai commencé à bosser vers 22 ans, après la fin de mes études supérieures. Je travaillais quotidiennement avec des adultes sourds signants dont un qui utilisait encore des vieux signes que je ne comprenais pas toujours vite (il avait 80 ans, ce type, quand même...), et je me souviens d'un moment où je me suis sentie perturbée quand j'ai voulu écrire un texte en français. Je n'y arrivais plus ! Depuis, j'ai plus tendance à me remettre en question.

Après, avec le temps, j'ai appris à maîtriser mon bilinguisme, et j'ai remarqué que ça s'entretient ! Parce que quand j'utilise très quotidiennement la LSFB, mon français écrit devient un peu plus faible, donc je me remets à écrire, et après ça, le niveau de ma LSFB baisse... C'est un équilibre que j'alimente sans cesse.

Sources : 
http://www.lsfb.be/?lsfb=keckeLSFB
http://www.unamur.be/lettres/romanes/lsfb-lab/axes


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