vendredi 12 juin 2015
Parcours scolaire (1)
Ceci est un article auquel j’ai eu le plus de difficultés à écrire mais c’est nécessaire pour moi. J’ai eu un parcours scolaire chaotique et compliqué, qui s’est stabilisé seulement à l’âge de 17 ans. Comme il ne m'est pas possible de tout expliquer en détail, notamment concernant l’accompagnement et les moyens de communication dont j’ai bénéficié, ce sera en plusieurs parties (sinon ce sera trop long et barbant pour vous).
Issue de parents entendants, ma surdité a été diagnostiquée quelques mois après ma naissance. Après le choc, la tristesse, la peur, ... que des émotions négatives autour de ce diagnostic (que je déplore au passage car je trouve que cela représente bien le visage de notre société d’aujourd’hui), j’ai néanmoins eu de la chance, parce que après ça, mes parents ont bien réagi. Ils ont pu prendre du recul sur la situation. Ils sont intelligents, dotés d’un esprit de critique, attentifs, aimants, plein d’humour…Comme moi, ah non, on sort du sujet, là ! Ils se sont renseignés partout pour savoir quoi faire avec moi, pour que mon avenir soit le meilleur possible. Ils ont eu vent des écoles spécialisées pour sourds, mais aussi de la possibilité d’intégrer un enfant sourd dans une école non spécialisée, des moyens de communication existants et des possibilités d’accompagnement. Ils ont opté pour l’intégration car ils considéraient que le niveau des écoles spécialisées n’allait pas m’apprendre l’autonomie (héritage de l’histoire des sourds dans laquelle la langue des signes a été interdite). Mais lors de la visite d'une école, ma mère a changé d'avis lorsqu'elle a constaté le comportement des autres enfants avec moi. J'étais encore trop petite pour pouvoir affronter ça, et elle s'est transformée en maman poule voulant protéger son poussin ! Donc à la place, j’ai fait mes maternelles dans une école spécialisée. Notez que j’ai fait 4 ans au lieu de 3. Mes parents n'étaient pas informés de cela et étaient indignés quand ils l'ont appris à la fin de ma 3ème maternelle. Ils se réjouissaient de mon passage en intégration pour ma 1ère primaire lorsqu'on leur a dit : "Ah non dans les écoles spécialisées, les sourds font toujours 4 ans de maternelles, contrairement aux entendants"... Il était trop tard.
Ensuite, en première et en deuxième année primaire, je découvrais pour la première fois l’intégration dans une école non spécialisée. Je garde très peu de souvenirs de cette période, si ce n’est que je me socialisais très peu avec les autres enfants et que j’avais souvent des gommettes vertes pour mes notes. Du haut de mes 7 ans, déjà bonne élève, sage, obéissante, perfectionniste, soumise (20 ans après, ça a bien changé, sauf que j'ai gardé ma tendance au perfectionnisme !) et je faisais tout pour répondre aux attentes des adultes dans mon entourage. La troisième année… Je suis retournée dans l’école spécialisée. On va appeler celle-ci Gorillaz. Je n’ai jamais vraiment bien compris pourquoi, et d’après mes parents, ce serait parce que l’école n’était pas sûre de pouvoir continuer à s’adapter parce que c’était un nouveau cycle. Je comprenais vite, mais j’étais quand même en retard d'une dizaine de minutes par rapport aux autres, et dans une classe de 25 élèves, ce n’était pas évident à gérer. Pendant ma période à Gorillaz pour passer le reste de mes primaires, j’ai sauté une classe. A la fin, vient une autre question à laquelle je n’ai jamais eu de réponse : je n’avais pas eu mon certificat de fin d’études en primaire et je n'ai toujours pas compris pourquoi. Je me suis retrouvée à faire une année accueil en secondaire. Durant cette année, je me souviens que je me sentais mal à Gorillaz, pour de multiples raisons. A 12 ans, je me rendais compte que ce n’était pas ce qu’il me fallait. J’ai demandé à mes parents de revenir en intégration. Ils ont été ravis.
Pour la 1ère et la 2ème secondaire, j'étais dans une école qu'on appellera Ayreon. On n'avait pas vraiment choisi cette école car lorsqu'on a fait la demande, il n'y avait plus de place disponible pour moi afin de bénéficier de l'accompagnement dont j'avais besoin. Il y avait un autre élève sourd entrant dans la même année que moi, il y a eu un arrangement pour que je sois avec lui et comme il était déjà prévu qu'il aille à Ayeron... Cela a été pareil qu'en primaire : peu de socialisation avec les entendants et de bons bulletins. Mais cela a été compliqué pour suivre certains cours. Grosse absurdité : j'étais obligée de suivre le cours de musique. Heureusement, le prof a été cool. Il ne me notait pas quand un exercice ou une interro était basé(e) sur le son. Il tentait de faire remplacer par quelque chose d'autre. Mais bon, à part ça, le suivi n'était pas adapté, quand même. En troisième année... Cela a été la catastrophe. Nouveau cycle, nouveau rythme et suivi de moins en moins adapté. Des professeurs peu tolérants, pas prêts à s'adapter. L'autre élève avait le même problème que moi, alors on a tous les deux changés d'école et on est arrivés à Hooverphonic en octobre. Mes parents étaient plus que contents, car ils voulaient que j'aille là-bas depuis le début. Le suivi y était plus adapté. J'ai pu y faire face malgré le changement avec le passage d'Ayreon à Hooverphonic dans l'année.
La quatrième année... J'avais 16 ans. De nouveau des difficultés car les professeurs n'étaient plus les mêmes, le rythme n'était plus le même... et c'est cette année-là que j'ai vu mon énergie s'épuiser. J'en avais ras-le-bol. De gros échecs à ma session en décembre, et je risquais de doubler. Alors, je suis retournée à Gorillaz pendant 6 mois ! C'était l'occasion de faire une "pause" afin de réfléchir à un accompagnement adapté pour moi, parce que tout le monde l'a compris : le chaos dans mon parcours scolaire, ça suffit ! Gorillaz, ça a été les doigts dans le nez. Même si j'ai détesté cette période, ça m'a permis de retrouver mon énergie.
A 17 ans, les choses se sont mieux passées pour ma 5ème et 6ème secondaire. On m'a enlevé le cours d'anglais (gros regret et longue histoire aussi), j'avais 6 heures de néerlandais en cours individuel avec un prof à Hooverphonic. Je suivais les cours de mathématiques et de sciences à Gorillaz avec un prof en cours individuel, aussi. Pour le reste des cours, c'était à Hooverphonic, je les suivais en classe avec les autres élèves et avec l'accompagnement dont j'avais besoin. Lorsque j'avais des heures de fourche dans mes horaires, j'allais voir une prof à qui je pouvais poser toutes les questions que je voulais. Elle m'aidait pour les devoirs et à me préparer pour les interrogations et les examens, toujours à Hooverphonic. Ça, c'était le suivi adapté que j'ai pu enfin avoir après toutes ces années. J'ai réussi l'ensemble des examens sans problème. J'ai quand même eu quelques difficultés, mais cela a été moins marquant. Je m'étais liée avec certains élèves dont un avec qui j'ai gardé contact jusqu'à présent. Les profs étaient plus tolérants et plus sensibilisés. Je me souviens avoir été plus heureuse lors de ces deux dernières années en secondaire. Puis... diplômée à presque 19 ans ! \o/
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